jeudi 27 janvier 2011

Auschwitz-Birkenau : n'oublions jamais....

Auschwitz-Birkenau : l’enfer que l’homme a été capable de créer pour d’autres hommes réduits au rang de bêtes ou anéantis sans raison. Inimaginable. Même 65 ans après.
La lecture de 20 minutes ce matin nous informait que la fondation qui assure la conservation du Mémorial cherche à récolter des fonds. Car il est désormais urgent de conduire des travaux importants de conservation sur le site. L’histoire a ceci de saisissant que ce binôme de l’horreur absolue - le camp de concentration d’Auschwitz et son voisin d’extermination de Birkenau - constitue aujourd’hui un patrimoine mondial du crime contre l’humanité. Une des pires traces du genre humain. Oui, en hommage des victimes de l’Holocauste, en souvenir des 1,1 million de personnes qui ont perdu la vie ici pour la plupart d’entre elles dans les chambres à gaz, il faut sauver Auschwitz-Birkenau et non pas l’enfouir dans les tréfonds de la mémoire collective.
J’ai eu la chance de me rendre sur place, en Pologne, lors d’une commémoration très particulière. C’était en mai 2005 lors de la Marche des Vivants. Ce jour-là, 60 ans après la libération des camps, près de 20 000 personnes venues d’une soixantaine de pays se sont retrouvées pour Yom Hashoa, le jour du souvenir dans le calendrier hébraïque. J’accompagnais pour Midi Libre une délégation de collégiens lauréats du concours de la Résistance et de la Déportation. C’était le 5 mai.
La veille déjà, nous avions visité le ghetto juif et le cimetière de Varsovie. Le soir, sur le stade juste à côté de l’hôtel, le hasard du calendrier sportif nous offrait l’affiche la plus alléchante de la saison footballistique : Legia Varsovie / Cracovia. En regagnant nos chambres, nous croisâmes sur le trottoir des hordes de supporters assoiffés de bière et de haine converger vers cette enceinte en arborant outre des drapeaux nationalistes et des regards de chiens féroces des décorations et objets à la gloire du 3e Reich. De peur que nous nous fassions agressés (nous portions des coupes-vent estampillés Marche des Vivants), les accompagnateurs nous firent hâter le pas afin d’éviter que quelques illuminés veuillent encore casser du Juif ou apparenté. Démonstration était faite que la bête immonde n’était pas morte.
Du balcon de la chambre d’un ami, offrant vue plongeante sur le pré vert, je n’eus d’yeux que sur les tribunes, craignant une gigantesque échauffourée à tout moment, tant cela sentait la poudre. « Ils sont toujours comme ça les soirs de match. Ce sont des fous qui peuvent être très dangereux car ils ne réfléchissent pas » me commentait notre accompagnateur, un brin fataliste, alors que nous tombions après match une bouteille de vodka Chopin au comptoir pour ne pas oublier que le pianiste virtuose était un Polonais bien plus recommandable que ces nazillons nostalgiques.
Dans le bus qui nous transportait le lendemain vers Oswiecim (Auschwitz en polonais), comme si le contexte ne suffisait pas, quelqu’un avait trouvé pertinent de diffuser La liste de Schindler. Nous étions donc bien conditionnés à notre arrivée et le moral des troupes était définitivement plombé. Un léger brouillard et une pluie fine mais froide complétaient le décor à merveille.
Auschwitz, c’est un livre d’histoire grandeur nature ouvert sur le monde et où rien n’est épargné au regard. Un endroit où l’horloge du temps s’est arrêtée d’un coup et où l’on a parfois l’impression que les Allemands sont partis depuis pas si longtemps tant rien ne semble avoir bougé. Tout est en l’état ou presque. Le numérique n’a pas encore trouvé sa place dans cet espace muséographique et c’est heureux.
Du portail d’entrée avec son effroyable inscription en fer Arbeit macht frei (le travail vous libère) jusqu’à cet insoutenable pavillon n° 5 où l’on trouve des prothèses, lunettes et bagages abandonnés en chemin, les restes de cheveux - « on en retrouva sept tonnes à la libération des camps » disait la guide - ou les récipients empilés du gaz Zycklon B - « chaque boite d’un kilo pouvait tuer au moins 150 personnes ». Ici, des enfants ont été brûlés vivants… On sort de là avec le dégoût, sinon la gerbe, à la bouche.
Et puis, dans ce pèlerinage de l’atrocité, la marche menait à Birkenau. Un survivant avait revêtu son pyjama rayé de l’époque, ou un exemplaire lui ressemblant, et avançait péniblement en portant un écriteau avec son numéro de matricule. J’avais repéré à l’hôtel un jeune homme d’une vingtaine d’années assez excité et qui, sans explication ni avertissement, se mettait soudainement à hurler. Il s’appelait Doron comme Jamchi, le légendaire basketteur du Maccabi Tel Aviv. Là, il filait très vite et était emmitouflé dans un drapeau d’Israël. Puis revenait sur ses pas. Un peu perdu le bonhomme.
Quelques minutes après, je vois un attroupement et des gens en pleurs. Parmi eux, Doron. Littéralement desespéré. Manquant de repères historiques, je ne comprends pas cette soudaine émotion collective. Je me renseigne. Nous sommes à côté de rails de sinistre mémoire ceux de la Judenrampe, le terminus des convois où les occupants descendaient en masse et partaient aussitôt vers une mort terrible. Des centaines de bougies sont allumées en quelques instants et le recueillement est impressionnant. Beaucoup s’effondrent sur les rails comme s’ils n’allaient jamais se relever. Ils voulaient venir là. Voir, toucher, pleurer. Ils y sont.
Au loin, une voix reconnaissable a déjà commencé à parler à la tribune aménagée dans le camp même de Birkenau qui est noir de monde. C’est Elie Wiesel qui s’exprime. Le prix Nobel de la paix et rescapé de la Shoah. « Auschwitz était une planète à part. Un lieu où le ciel serait un cimetière invisible, où l’on ne pouvait pas aimer ou se marier, où l’on ne donnait pas la vie mais où la mort était quotidienne et effroyable ». De mémoire, je ne pense pas trahir son propos.
Vint ensuite le tour d’Ariel Sharon alors chef de l’État d’Israël et aujourd’hui plongé dans un coma dont il ne sortira probablement jamais. J’ai oublié la teneur de son intervention. De toute façon, le service des informations générales s’en occuperait. Je pestais de ne pas trouver une prise électrique pour envoyer mon papier et de ne pas arrivé à me faire comprendre par un cerbère qui m’interdisait l’accès à la salle de presse. Mon accréditation avait valdingué dans la foule depuis longtemps. J’ai dû glisser sous une bâche pour prendre la place d’un confrère allemand qui avait terminé son article et qui m’expliqua les rudiments de la transmission dans un français d’école. J’ai recommencé mon texte trois fois. Le trop-plein d’événements sans doute se bousculait dans ma tête encombrée.
Le portable passe très mal mais je parviens finalement à joindre ma rédaction. Le rédacteur en chef a le cul vissé dans son bureau et peine à imaginer que nous sommes dans un autre monde. « Dis Jérôme, un 3 questions à Ariel Sharon pour boucher la colonne de droite, c’est possible ? » « Mais bien sûr Roland ! Je parle couramment l’hébreu et il n’y a qu’une vingtaine de gardes du corps armés à ses pieds. Tu me donnes deux minutes pour fendre la foule et je te ramène ça… On se rappelle ! » Devant tant de connerie, j’avais raccroché un peu sèchement. Je me le suis entendu dire au retour d’ailleurs.
Autour de moi, les comportements sont ahurissants. Des couples se prennent en photo comme s’ils étaient devant la Tour Eiffel, les jeunes parlent fort alors que l’on aimerait écouter le silence. Un groupe est même assis sur le toit d’une ancienne chambre à gaz pour la pause sandwichs ! L’encadrant les fait descendre à grands frais.
Quelqu’un pleure, hurle même.
Je fais le tour d’un baraquement et retombe sur Doron. Il se roule par terre de douleur. Il est soudainement habité. C’est un autre homme, comme subitement touché par la folie. Personne n’ose l’approcher. C’est un moment de grande souffrance intérieure. Il finit par se calmer après de longues minutes et est réconforté par un temps de prière. Je vais aux nouvelles. En curieux. Et je ne suis pas le seul. « Il va mieux. Comme nous tous, il venait ici chercher la réponse à des questions personnelles, penser à des proches dont il ne sait que peu de choses, prier pour nos morts. Il vient de réaliser ce qui s’est passé ici et il l’extériorise à sa façon. Ne vous inquiétez pas. C’est un garçon solide, je le connais », tente de nous rassurer un vieil homme qui ramasse l’étendard abandonné par Doron dans son excitation.
De retour à Cracovie, la soirée fut longue. Impossible de sortir pour une marche à pied et se changer les idées. Marcher, nous n’avions fait que ça de la journée et personne n’avait le cœur à se promener, ni même à plaisanter. Je crois me souvenir que nous prîmes une double rasade de vodka - Zubrowka cette fois - et une belle cuite. Il fallait au moins ça…
Aujourd’hui, le plus important est de sauver Auschwitz-Birkenau. D’où l’idée de la campagne « Agissez maintenant » qui vient d’être lancée il y a peu (Facebook.com/AuschwitzInterveneNow) sur le réseau social.
Comme le dit Noach Flug, le président de l’association israélienne des survivants de l’Holocauste, «  la préservation d’Auschwitz est très importante à mes yeux car, bientôt, nous, les survivants, ne seront plus là pour témoigner. Or, le camp constitue un témoignage historique sans équivalent. » N’oublions jamais. Pour les morts. Pour ceux qui sont revenus et qui ont vécu avec. Pour nos enfants. Pour la paix de l’âme de Doron aussi.

vendredi 21 janvier 2011

Je suis obligée d'aller manger à Coluche

C’est une phrase que j’ai vu passer au milieu des courriers des administrés. Il était question d’une dame, abandonnée par son mari, qui subsiste tant bien que mal avec les trois enfants du couple et pour qui le 25 du mois démarre bien souvent dès le 5.
Elle expliquait les difficultés qui étaient les siennes avec force détails qui rendaient la lecture gênante. Puis, elle terminait sa missive par cette phrase inédite mais aussi touchante : « Je n’ai presque plus rien, je suis obligée d’aller manger à Coluche ».
D’ici un gros trimestre, cela fera mine de rien un quart de siècle que le fondateur des Restos du Cœur nous a quitté sur une départementale des Alpes-Maritimes, dans un virage mal foutu entre Opio et Valbonne, où l’infortune estivale avait décidé de placer sur la route de son deux-roues un semi-remorque inexplicablement scotché en travers de la chaussée. Putain de camion. On ne va pas refaire l’histoire. Ni la chanson. Je connais cet endroit par cœur (j’ai brièvement habité Valbonne), j’ai joué au petit enquêteur en herbe en calculant s’il avait vraiment eu le temps de freiner, j’ai même fleuri la stèle du temps où il y avait encore une statue de pierre du frisotté en salopette. Elle a été volée depuis.
S’il revenait aujourd’hui, Coluche serait profondément écœuré de voir que ses Restos qui n’étaient pas appelés à durer ne servent plus 8,5 millions de repas comme lors de la première campagne de 1985-86, ce qui était déjà énorme, mais plus de 100 millions comme lors de la dernière livrée hivernale. « Mais qu’est-ce que vous avez foutu bande d’enfoirés ? Alors on peut pas vous laisser vous démerder sinon vous faites n’importe quoi ! », qu’il gueulerait le bougre. Puis, tout étonné que sa géniale trouvaille soit devenue une véritable entreprise de la solidarité, il verserait peut-être une petite larme devant l’extraordinaire élan des bénévoles hexagonaux qui se bougent la couenne tout l’hiver et en silence pour donner des produits de base à ceux qui n’ont plus rien.
Et je l’imagine alors reprendre le micro d’Europe 1 ou convoquer une méga conférence de presse au théâtre du gymnase pour clouer au pilori les politiques de droite et de gauche qui n’ont pas branlé grand-chose depuis son départ pour panser les plaies béantes de la fracture sociale. Il conchierait les patrons du Cac 40 et les profits immédiats et pourfendrait le règne triomphant du chacun sa merde. Et on se marrerait. Depuis le temps qu’on a pas ri avec lui !
Mais tout ça c’est du rêve. Hélas. La réalité c’est que dans quelques jours débarque à Montpellier le gratin de la médiocrité télévisuelle chantante pour remplir de pleines arènes couvertes de braves gens prêts à reprendre à pleine gorge les refrains tubesques de trente ans de mièvrerie radiophonique compilés. Et on va applaudir à tout rompre et ramasser des ronds à la pelle dont il me plairait de savoir quel pourcentage part réellement vers les Restos du Coeur.
Entendons nous bien. Je ne critique pas cette brochette de vedettes qui ont au moins le mérite d’être là. Mais je n’ai aucun respect pour ces millionnaires du CD pas si téléchargé que ça donc qui, après deux heures de bons sentiments partagés bras dessus bras dessous, iront se remplir la panse et siroter des grands crus chez Pourcel puis coucher chez Pullman 5 étoiles en faisant exprès de se tromper de chambre si vous voyez ce que je veux dire. Et pas un d’entre eux ne se dira qu’il est là pour les Restos et que, pour tâter de près ce que ça veut dire d’être dans la panade, il pourrait aller donner un coup de main aux bénévoles le matin dans un des centres - sans les caméras évidemment - au lieu de vomir discrètement son bourgogne. Coluche, lui, le faisait. Aujourd’hui, on a plus le droit ?

samedi 15 janvier 2011

Si la dame morte au bout de ma rue avait été plus convaincante, on aurait évité la Seconde Guerre mondiale


Il était tard. Tellement tard qu’il était en fait déjà tôt. L’heure où l’on finit le cul des bouteilles. Plus celles de la fête, vidées depuis longtemps, mais celles de la cave de notre hôte. Car il y a toujours quelques cols dans sa réserve. Au cas où. Et nous étions dans un cas d’espèce.
L’atmosphère ? Comment vous dire. Ceux qui ont lu « Le beaujolais nouveau est arrivé » de René Fallet et qui ont souri aux éclats de zinc de Camadule et Debedeux voient de quoi on parle. Cela ne se décrit pas. Cela se vit.
En version modernisée, c’est l’heure où les phrases sont en morceaux, où quelqu’un sort d’une pièce où il n’était pas seul vu son air enjoué, où les mains traînent ailleurs que sur les culs. Il n’y a plus rien à bouffer sinon des miettes et la platine passe le même morceau entêtant pour la quatrième fois… Alors, on finit de boire et on se sert le cinquième et dernier verre avant de partir. Promis.
Et puis vient la tirade du premier qui pense à rentrer.
- T’habites où toi ?
- A La Chamberte.
- Oh putain y a que des vieux dans ce coin, c’est mort.
- Belle analyse à deux balles.
- Tu veux que je te dise un truc ?
- Tu me saoûles mais je t’écoute.
Et Tom se lance dans une explication sociologique disant que pour l’Épiphanie, son boulanger habituel était en vacances. Aussi, il a acheté sa galette des rois à la Chamberte. Faisant la queue, il avait été étonné par le nombre de personnes qui venaient chercher qui une frangipane à une part, qui un royaume individuel.
- Un royaume individuel, c’est une dictature !
- C’est drôle. N’empêche que ça prouve bien qu’il y a beaucoup de personnes seules et donc pas mal de vieux dans ton quartier.
- Ou beaucoup de gens qui n’aiment pas les galettes.
J’avais beau faire le malin, je voyais bien qu’il ne serait pas facile de convaincre Tom. D’autant que, comme le ton montait et les rires fusaient, les rares personnes encore en état de marcher comme il faut s’étaient rassemblées autour de nous.
Et c’est le moment que choisit notre Manu pour quitter le canapé où il comatait depuis une paire d’heures. Je le revois se dresser comme un i, lui qui n’avait pas perdu une seconde de la discussion. Il faut dire qu’il habite à deux pas de là. Donc, ça l’intéresse.
- Ouais c’est bien beau vos histoires de galettes là mais si la femme qu’est morte au bout de ma rue avait été plus convaincante, ben on aurait pas eu la Seconde Guerre mondiale ! C’est ça aussi la Chamberte.
Sa phrase entraîne un éclat de rire général. Il faut dire que tout cela paraissait stupéfiant de conneries. L’heure avancée n’était pas une excuse suffisante pour gober.
Pendant ce temps, c’est Mathilde qui sort de la chambrette. Elle pensait sortir discrètement parmi les rires mais c’est manqué car elle est à moitié débraillée.
- C’est quoi ce délire de guerre Manu ?,
Alors Manu s’énerve et se met à gueuler de venir avec lui dans la rue. Tout le monde s’en fout mais il prend Marie par le bras et embarque Denis par le col. Le convoi se trimballe tant bien que mal.
Quelques instants plus tard, le groupe est devant le Mas de Rouel. Et Manu retrouve une seconde jeunesse lorsqu’il s’agit d’évoquer l’histoire de cet endroit précis. J’ai toujours été admiratif des types qui, même pétés comme une fiole, gardent suffisamment le contrôle de la situation et d’eux-mêmes au point de pouvoir affiner des raisonnements qui se tiennent mieux qu’eux.
Tout en mettant la main autour du cou de Marie, il joue au prof en montrant cette belle bâtisse dont on aimerait bien voir l’intérieur. Tout est calme au dehors même si une voiture passe vite et frôle le groupe. Personne ne pense à lire la plaque murale de la maisonnée si ce n’est Denis qui dit juste « Monténégro » et cela suffit à provoquer de nouveaux rires bas de gamme.
« Une reine a vécu ici. Hélène de Savoie, la dernière reine d’Italie, l’épouse de Victor Emmanuel III. La nièce du tsar Nicolas II de Russie si vous préférez. Ils ont régné chez nos voisins pendant plus de 40 ans, au tout début du siècle dernier. Elle était bel et bien native du Monténégro »,
- Vous suivez ?
- Ouais mais on se caille les miches, accélère !
- On s’en tape de ta reine, elle est morte...
Il reprend en passant outre les quolibets braillards.
« Après la chute de la monarchie, sa famille s’était exilée en Égypte. En 1950, craignant une tumeur cancéreuse, elle débarque dans le cabinet d’un professeur de médecine de Montpellier qui lui a été recommandé par un de ses anciens élèves. Il la soigne. La reine Hélène apprécie Montpellier et fait la connaissance de la famille du professeur avec laquelle elle sympathise vite. Alors qu’elle vivait à l’hôtel, il propose de l’installer au mas de Rouel, sa propriété sur la colline de la Chamberte, à l’écart de la ville dans un cadre verdoyant. Ici donc. Elle accepte et n’en bougera plus et mènera une vie discrète jusqu’à sa mort en 1952. Elle ne rentra jamais en Italie, ne fera plus de politique. Même une fois la République proclamée. Elle adorait aller à la pêche paraît-il. »
- Bon moi je rentre, il fait trop froid. Tu parles comme un livre mais je ne suis pas réceptive dans mon état.
Manu ne cache pas sa déception de voir Marie partir en chemin alors qu’il pensait faire remonter en elle ses racines transalpines. Et le modeste public restant deviendrait presque ingrat.
- Elle est pas mal ton histoire mais c’est quoi ton délire avec la Seconde Guerre mondiale et cette bonne femme. Tu vas nous le dire oui ou merde ?,
« J’y viens. Si la monarchie italienne est tombée avec Victor-Emmanuel III, et plus précisément son fils Umberto qui lui succéda brièvement au trône…
- Je le connais celui-là, c’était Umberto Tozzi ah aha aha,
« C’est malin. Umberto Tozzi… Merde, Paul tu me fais dire des conneries. Victor-Emmanuel III reste aussi, hélas, celui qui dans l’histoire, en pleine crise sociale, a ouvert la porte aux thèses fascistes de Mussolini en facilitant son accession au pouvoir dans les années 1930, persuadé qu’il était que ce type pouvait alors sortir le pays de la mouise. On sait ce qu’il est advenu. Quelques années plus tard, c’est ce sinistre connard qui allait composer avec Franco et Hitler la plus belle triplette sanguinaire que la terre ait connue. Il se dit que la reine Hélène avait fait tout son possible pourtant pour influencer le roi, le dissuader même. Mais visiblement pas assez. Voilà, vous savez tout bande d’ignares. Allez, on rentre. La leçon est finie. »
Manu s’autorise une dernière lampée et montre l’ultime bouteille aux joyeux drilles. Il l’avait bien repérée en quittant son canapé tout à l’heure. Alors qu’il franchit déjà le portillon de chez lui, il montre l’étiquette à ses potes en s’autorisant une sortie théâtrale : "C’était une cuvée La belle Hélène. A ta santé ma Reine !"

vendredi 31 décembre 2010

BREKA NAZAIRE KOUKOUGNON

Breka Nazaire Koukougnon : son patronyme était déjà tout un poème. 
Je me souviens parfaitement de son arrivée à Bordeaux. Il avait débarqué quelques jours après nous sur le campus de l’IUT à Gradignan, en provenance de sa Côte d’Ivoire natale qu’il n’avait jamais quittée auparavant. Il avait une trentaine d’années.
C’est Edith Rémond, la directrice de l’école, qui l’amena jusqu’à moi alors que je me trouvais au self, parmi d’autres, à la mi-journée. Il paraissait complètement perdu, scrutait son nouvel environnement avec des yeux presque apeurés (il faut dire qu’entendre les étudiants en carrières sociales jouaient de la guitare à l’heure du sandwich, cela faisait vraiment flipper) et je n’ai pas pu éviter une plaisanterie lorsqu'il donna son nom. « Eh bien, ça commence plutôt mal ! C’est un pseudo ? » 
C’était bel et bien son nom. Contrairement à nous, qui étions là pour apprendre notre futur métier, Nazaire venait pour se perfectionner. Il était déjà journaliste et travaillait à Abidjan pour Fraternité Matin. Un canard qui nous était parfaitement inconnu et qui l’est toujours aujourd’hui d’ailleurs... Notre nouveau camarade avait bénéficié d’une bourse d’Etat, que l’on devinait généreuse, de la part de Félix Houphouët-Boigny. N’importe quelle biographie sérieuse souligne au sujet du père de la « Françafrique » combien il incarnait alors un régime dictatorial rongé par une corruption endémique. Nazaire, lui, voyait aveuglément en lui (évitons ici tout jeu de mots superfétatoire avec ivoirien merci) comme un second père et ne riait pas toujours à nos blagues potaches sur le dit président. « Oh non Jérôme, ça il ne faut pas le dire. C’est pas gentil quand même ! » me grondait-il parfois, comme si un gourou menaçait de me jeter des sorts depuis Yamoussoukro. Puis, Nazaire partait dans un rire communicatif dont il avait le secret.
Entre autres caractéristiques, Nazaire affichait une conception toute africaine de la ponctualité horlogère doublée d’une nonchalance coupable qui tendait parfois vers l’infirmité. Ce garçon se tenait à l’abri de toute brutalité. Il allait à son rythme et il fallait faire avec.
Comment ne pas évoquer sa chambre de cité U ! C’était une annexe de la FNAC et de Darty réunis. Je l’ai dit plus haut, Nazaire pouvait compter sur une bourse d’État susceptible d’être sujette à l’impôt sur la fortune (j’exagère à peine). Aussi, il achetait à tour de bras des magnétoscopes, téléviseurs ou chaînes hi-fi, qui pour son cousin, qui pour sa tante, qui pour un collègue… Avec la ferme intention de ramener tout cela au pays quand bien même il lui faudrait louer un bateau. En revanche, il ne comprenait pas pourquoi j’achetais autant de disques. « C’est pour faire travailler tes chaînes hifi ! », assurais-je.
Un soir où il m’invita à dîner, c’est bien simple je dus manger mon plat de pâtes sur je ne sais quel engin électronique faisant office de tablette dans son capharnaüm. Sacré Nazaire ! A côté de ça, il aurait donné volontiers sa chemise. Combien de fois aussi manqua-t-il un cours ou se crut autorisé à abréger la deuxième heure parce qu’il devait aller téléphoner. A cette époque, le téléphone portable n’existait pas mais il faisait une consommation incroyable de cartes en tout genre… Il faut dire qu’il avait fondé une petite famille.
Un jour, il me fit promettre de lui rendre visite chez lui une fois nos études achevées. J’ai dit oui sans trop réfléchir, par exotisme sans doute, mais nous nous sommes complètement perdus de vue pendant quinze ans. Houphouët-Boigny est mort quelques mois après la fin de notre parenthèse girondine, autant que je me souvienne, et je l’imaginais inconsolable à distance.
Et puis, ces semaines dernières, je pensais à lui régulièrement aiguillé par l'actualité. Où pouvait-il être dans ce pays au bord de la guerre civile, écartelé entre les partisans de Gbagbo et ceux de Ouattara ? Je le pensais journaliste pro-présidentiel mais sans certitude.
Vint alors ce matin de Saint-Sylvestre 2010 où je tapais son nom reconnaissable entre mille sur Google. Le choc fut rude. Le premier lien m’envoyait direct vers une oraison funèbre à l’africaine indiquant que notre ami Nazaire était mort en mai 2008. Et nous ne l’avions pas su. Quelle misère ! L’article ne s’étale pas dessus mais rien ne dit que sa mort fut douce. Il laisse une veuve, trois enfants et une belle villa avec un intérieur en marbre. Visiblement, Nazaire a toujours su se mettre à l’abri du besoin. Tant mieux pour lui. Pour ses gosses.
Et défile le souvenir de nos jeunes années insouciantes. Je recherche encore quelques anecdotes, d’autres me reviendront certainement. Les anciens camarades de promo avec qui je suis encore en relation ajouteront les leurs.
Salut à toi Nazaire. Bonne fin de route. C’est désormais une certitude, je n’irai jamais à Abidjan.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 12 décembre 2010

C'est ça que je dis : tome 14

JEAN-MARINE LE PEN
Eh bien voilà, nous y sommes et c’était tellement prévisible ! Tous ceux qui étaient convaincus que Marine Le Pen était plus fréquentable que son père en sont désormais pour leurs frais. En quelques phrases lancées en public pour séduire les masses, elle a montré qui elle était : la fille politique de son odieux père.
Jeudi soir, dans A vous de juger, face à l’inoxydable Arlette Chabot qui, chose heureuse, a enfin trouvé un salon de coiffure fréquentable et à Alain Duhamel - inamovible passeur de plats télévisuel aux politiques de tous bords depuis la fin de la IVe République - Marine Le Pen a pourtant voulu nous amadouer. Elle s’est démarquée un instant du tableau d’honneur paternel. Non, elle ne partage pas les convictions de Jean-Marie Le Pen au sujet de la Seconde Guerre mondiale. « Non le FN n’a rien à voir, ni de près ou de loin, avec l’idéologie nazie, qui fut une abomination. »
Soucieuse de dédiaboliser le Front National, elle restait fidèle à sa ligne de défense qui se veut une sorte de Le Pen light avec une once de fibre sociale ou familiale en option. Et cela marche pas si mal dans l’opinion.
A la date d’aujourd’hui, c’est-à-dire en composant avec l’inconnue strauss-kahnienne, je fais partie de ceux qui pensent que la prochaine présidentielle se jouera à l’heure du « t ». Soit Martine, soit Marine. Parce que la droite au pouvoir aura fait naître tant de ressentiment et d’insatisfaction que, dans quelques mois, ce n’est pas la tentation du centre qui risque de prédominer, tant le parti de François Bayrou semble réduit au rang de faire valoir, mais bel et bien celle d’un glissement vers la droite extrême. Trop heureuse de l’aubaine, elle ne manquera pas de faire venir à elle encore davantage la longue cohorte des éternels insatisfaits, les lassés de l’alternance droite/gauche, les tenants du ras-le-bol, les aboutissants du bulletin contestataire et franchouillard dans l’urne. Ces gens-là sont de plus en plus nombreux et sous-estimer leur poids et leur détermination serait une grave erreur. A droite comme à gauche.
La classe politique ne se méfiait pas assez ces derniers temps de cette Marine, blonde quadra mère de famille au regard franc, élevée sous le père, mais forcément plus glamour qu’un octogénaire borgne nostalgique de l’Algérie Française et chantre de la blague nauséabonde… Native de Neuilly comme les nains, elle a choisi l’Hénin comme terre d’élection et a su rallier les suffrages de tous ceux qui en ont plein les houilles…
Mais, bon sang ne saurait mentir. Quelques heures à peine après sa grand-messe cathodique, la future patronne de l’extrême-droite française vient nous rappeler qu’elle n’est pas du Le Pen light mais du Le Pen pur jus. Que Jean-Marie et Marine, cela donne du Jean-Marine en quelque sorte.
Jugez plutôt si elle n’a pas de qui tenir cette poupée Barbie qui a choisi Lyon pour son forfait de langue assimilant l’occupation nazie et les prières de rue des musulmans : « Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes il n’y a pas de blindés, il n’y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants. »
Voici donc revenues les grandes heures de la diarrhée verbale et nationaliste. De la haine de l’autre. « La haine, c’est la colère des faibles », pensait à raison Alphonse Daudet. Mais que l’on ne s’y trompe pas ! Ce sont des mots ciblés, des banderilles programmées, bientôt programmatiques, et ils feront mouche auprès d’une partie de l’opinion. Il ne faut pas se contenter de les combattre mollement avec des réactions médiatiques outrées et prévisibles comme le font trop systématiquement les politiques en vue.
Il faut un combat de tous les instants dans notre quotidien pour faire reculer cette pensée raciste et d’un autre temps. Et s’il n’est pas toujours évident de montrer les vertus du vivre ensemble dans cette époque chahutée, où domine le sentiment que toute concession à l’autre se fait au préjudice de son propre pré carré, il n’y a pourtant pas de modèle de société plus convenable. Alors, de grâce, unissons nos efforts pour faire en sorte que le métier de demain de Jean-Marine Le Pen soit uniquement celui d’avocat car la France qu’elle veut pour nous n’est pas l’idée que nous nous en faisons.

jeudi 11 novembre 2010

C'est ça que je dis : tome 13

LE PETIT DES GRANDS DE CE MONDE
Françaises, Français
Je tiens à vous rassurer notre Président est bien arrivé à Séoul pour le G20. Ce matin, il a pris son petit déjeuner (une Ricoré du Sud sans doute) en amoureux à bord de son nouveau joujou : Air Sarko One.
Le voyage s’est déroulé sans nuages. De quoi faire taire les critiques des esprits obtus qui s’offusquaient du montant de ce paquebot des airs acheté pour la modique somme de 180 M€ à Air Caraïbes et des innombrables vols d’essai vers Tahiti.
Et vous savez que même avec une enveloppe de plus de
91 M€ pour tous les aménagements et la déco, ce ne fut pas si facile que de convertir cet A 330-200 de 324 places initiales en un avion VIP d’une soixantaine seulement avec chambre, salle de bains et vaste espace de réunion. Mais il n’était pas question que notre Président ne soit pas à son aise. Car chacun sait qu’il voyage beaucoup. Et qu’il n’a que trop souffert dans ces Falcon inadaptés aux vols longue distance qui devaient parfois faire des escales. Alors, il est inutile d’engager des polémiques stériles pour un palace des airs à 20 000 € l’heure de vol qui a l’avantage de filer d’une seule traite.
Vous connaissez la volonté de notre Président d’être au dessus de tout soupçon. Ainsi, pour plus de discrétion, il a eu la présence d’esprit d’amputer ce montant sur le budget de la Défense qui, en ces temps de paix planétaire, n’a de toute façon besoin ni d’armements superflus ni même d’astiquer ses vieux missiles.
Et lorsque le rapport annuel du budget de l’Armée a laissé apparaître que l’entretien de Air Sarko One coûterait 49 M€ par an pendant trois années pour 700 heures de vol prévues, notre Président a eu raison de vouloir stopper aussitôt toute velléité de contrôle. Un scandale d’État est si vite arrivé…
En effet, un député socialiste, celui là même qui est chargé de l’examen du budget des Armées, s’était mis en tête de visiter Air Sarko One pour mieux vérifier les dépenses et les ors intérieurs. Et pourquoi pas le faire visiter à la presse tant que vous y êtes ! Devant une telle outrecuidance, attitude révélatrice d’un parlementaire gauchisant, notre Président a évidemment refusé tout net et s’est même promis de faire battre cet apparatchik dans sa circonscription. Non mais !
A un journaliste spécialisé aéronautique, qui ne pouvait s’empêcher d’ergoter sur le fait que l’ancien airbus présidentiel ne coûtait que 4,1 M€ pour 1 700 heures de vol, notre Président a eu beau jeu de revenir à l’essentiel pour dire qu’à compter de la 4e année, cela ne sera plus que 10 M€ par an. Ces reporters ont toujours le chic pour s’attarder sur des détails et oublier l’essentiel. Même les économies faites sur le budget de la Nation.
Air Sarko One est également à l’abri des brouillages et des contrepèteries. Un dispositif à 25 M€ a été installé pour pas qu’on ne lui brouille l’écoute. Maintenant, s’il tient vraiment à la contrepèterie, notre Président peut se diriger vers sa chambre nuptiale avec ce lit aux mensurations de rêve - peut-être pour évoquer les plus belles années de notre Carlita - 2 mètres sur 2,2. Bigre. Afin que nos occupants élyséens soient perturbés le moins possible, cette suite (dans les idées) a été agencée juste derrière la cabine de pilotage moins pour que l’on saisisse le manche que pour être à l’abri des turbulences.
Pendant ce temps-là, à l’opposé dans la carlingue, les happy few du genre époux Balkany, Christian Clavier ou David Douillet peuvent taper le carton en class business avec les gardes du corps.
Et bien voilà, nous avons placé notre Président dans les meilleures conditions pour qu’il puisse convaincre ces amis du G20 à Séoul que nous devons moraliser notre système financier et faire des économies de grande échelle.
Quant à moi, je vous laisse M. le président pour aller tapoter sur le site Internet de Ryanair. Des fois qu’il y ait un billet à 49€ pour Djerba…

dimanche 7 novembre 2010

C'est ça que je dis (parce que c'est de moins en moins chaque jeudi !) tome 12

LE ROCK FRANCAIS EST-IL EN ETAT DE MORT CEREBRALE ?
Regard circulaire sur mes achats vinyliques et autres téléchargements plus ou moins légaux de l’année en cours. Le constat est cruel au rayon rock français, éternelle composante majeure de ma discocdthèque, c’est une morne plaine façon Waterloo et sans le Sunset.
Rien à se mettre sous la dent ou presque. Pas une belle chanson bien écrite depuis des mois - hormis le France Culture d’Arnaud Fleurent Didier dans le genre nouveau Polnareff pour bobos qui fera un élégant prix Constantin par défaut. Et, si l’on devait attribuer le single de l’année en français dans le texte, on serait franchement bloqué aux entournures. Au point de glisser outre-Quiévrain, de Waterloo vers Ostende, et d’élire l’inusable Arno dont le Quelqu’un a touché à ma femme fut frémissant dès la première écoute de ce diptyque voix-piano.
C’est à n’y rien comprendre car nous avons aujourd’hui tous les ingrédients d’une profonde crise sociale qui devrait contaminer toute une génération hirsute et rebelle. Une invitation forcée à prendre les guitares et les amplis pour mettre des coups de pied dans les poubelles, contrarier les profs, secouer l’ordre bourgeois, incendier les bonnes consciences et dénoncer ces gouvernants qui nous oppressent. Au lieu de cela, c’est l’atonie des riffs ébouriffants et des refrains décoiffants.
Certes, nous avons M. Mais il semble, parfois, sur une pente descendante, et reste un gendre idéal et non violent. On a BB Brunes, Naast et compagnie. Mais c’est tout juste bon pour les ados acnéiques. Les Plasticines et Izia manquent de maturité. Oui, en furetant à droite et à gauche, il est possible de trouver une pépite prometteuse. Mais, globalement, ça ronfle grave.
Oublions au passage la persévérance attristante d’Indochine - en passe de suppléer Little Bob Story ou La Souris Déglinguée en matière de longévité - tant Nikola Sirkis a de quoi irriter avec son éternel jeunisme quinqua pour midinettes. De toute façon, à quelques bricoles près, il est inaudible depuis L’aventurier
Alors, comme souvent en pareil cas, on verse dans la nostalgie facile des belles années. L’espoir suscité autour d’un hypothétique retour de Noir Désir (dont Eiffel est un succédané) dépasse l’entendement. Je fais partie de ceux qui pensent que Bertrand Cantat a payé sa dette et qu’il est de toute façon condamné à vie à des nuits de tourments en ayant perdu deux femmes… Mais je ne pense pas Noir Désir capable de retrouver la scène comme à l’époque de Tostaky. Trop d’années ont passé… Bertrand Cantat est-il encore capable de jouer malicieusement sur les mots et d’écrire « Tout passe, tout casse, le joint, le cul lassent » ? En tous les cas, il ne se roulera plus par terre en magnifiant un Helter Skelter électrisé. Et il n’est pas exclu qu’un illuminé veuille lui faire un destin à la John Lennon. Dès lors, à quoi bon ?
D’autant que le paysage musical a changé. Bashung est mort. Jacno et Fred Chichin aussi. Daniel Darc est revenu chez les vivants pour un Crève cœur d’exception et nous conter des amours suprêmes. Depuis, il est de nouveau chancelant. Il ne reste plus rien de la furia alternative des eighties si ce n’est quelques reformations ponctuelles et hélas pas toujours heureuses…
Alors, jeunesse de France, qu’attends-tu pour te bouger le cul ?